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Le design a-t-il peur de l’innovation ouverte ?

[Note : décidément je me lâche sur le blog de Jean-Louis Frechin en ce moment, cet article est donc encore une fois extrait d'un loooooong commentaire laissé sur nodesign.net ;-) ]

Et si l’innovation ouverte mettait inquiétait simplement les industries qui, comme le design, monnayent les idées ?

Franchement, si je suis designer, tout ce que j’ai à vendre c’est des idées, orales ou visuelles. Le designer conçoit la forme, ce qui impacte en premier lieu la manière d’utiliser le produit et le ressentit de l’utilisateur. Ce n’est pas une science exacte, reste qu’entre le « avec » ou le « sans » démarche design, la différence est notoire.

Combien de systèmes trop complexes conçus par des ingénieurs trop geek, trop habitués à la complexité ?

Je ne parle même pas de la cohérence visuelle de l’interface ou même du rôle de l’identité visuelle de la marque… On touche des données inconscientes que trop de gens considèrent, à tord, comme de la mythologie…

Si on lui propose de participer à de l’open innovation, un bon designer viens avec une expertise qui a une réelle valeur ajoutée. Mais il n’a que ça à vendre… La vitesse avec laquelle les gens comprennent et s’approprient les bonnes idées une fois qu’on leur a expliqué est hallucinante. Parfois quelques mots suffisent pour remettre une équipe de concepteurs sur le bon chemin. Mais il faut être présent souvent car sinon une semaine plus tard le projet repart à la dérive…

Est-ce que l’open innovation met en danger les designers comme les blogs on mis en danger les médias traditionnels ?

Oui : l’idée de l’excellence du modèle de l’innovation participative remplaçant le design met en danger non seulement les designers, mais le bon design des produits. A vouloir faire des charpentes sans charpentier on n’arrive pas à grand chose…

Non : le modèle de l’open innovation et l’open source intelligemment menées ne mettent pas en danger, loin s’en faut le design. L’utilité et la valeur des experts est plus que jamais évidente dans les équipes collaboratives. Ce sont eux qui tirent le groupe vers le haut. Des sociétés comme XWiki (qui développe un Wiki open source) on intégré un ou plusieurs designers à temps plein dans leur équipe.

Ce qui met en danger le design : comme d’habitude est la mauvaise compréhension de ses enjeux et la pollution de la profession par le grand n’importe quoi qui entoure le titre.

Du graphiste-développeur qui fait des sites wordpress à la chaîne dans la plus complète ignorance des bases de l’expérience utilisateur, au designer qui apporte une réelle réflexion sur l’interface et qui sait défendre ses idées, il y a une réelle différence qui pourtant n’est pas bien claire aux yeux de tous.

La profession elle même ne sait pas structurer autour d’une communication claire des enjeux qu’elle retourne. D’un discours à l’autre les idées varient de l’art à l’ergonomie, de la poésie au business, attestant du fait qu’il n’y pas un, mais des designs.

Le secteur industriel quant à lui se couvre des mythes du rationnel, je me dis souvent qu’il serait plus que temps de revenir sur terre… Il a fallut les études de Mintzberg pour tordre le coup à ces dogmes du « tout process », de plans soigneusement établis à l’avance… Comment se fait-il que tels ouvrages remettant l’intuition centre du management soit vue comme une délivrance de la part de managers alors même que c’est ainsi que fonctionnent les entreprises dans la pratique ?

Dans ce contexte on comprend que des approches comme le design se heurtent à ce grand tabou, cette illusion qu’est l’idée de l’entreprise mécaniste.

« Il faudra désormais proposer du désir, du confort, de la simplicité, de l’évidence, du potentiel et de l’émotion. » nous dit jean Louis Fréchin. Et pour ce faire la méthode la plus efficace reste de sortir de ce carcan qu’est l’illusion de tout maîtriser… Donnez-moi des moyens de mesure de l’émotion qui ne fassent pas appel à des études psycho-socialo-ergonomico-machin hors de prix ?

« A nous donc d’inventer un design pour l’ouverture et l’innovation ascendante » Mais ces modèles existent !!! Ils sont en usage dans le cadre de projets d’innovation sociale comme « city move » par exemple… Je ne reparle pas des projets open source intégrant un designer…

Petite illustration : l’open source fonctionne et sort des bons produits technologiquement parlant par ce qu’il y a une barrière à l’entrée pour les développeurs qui est le niveau nécessaire pour savoir pondre du code qui fonctionne au sein de l’application.

Par exemple, il n’y a aucune barrière à l’entrée pour prétendre savoir dessiner l’architecture d’une interface… On ne saura pas qu’elle est pourrie jusqu’au moment où on se rendra compte que le grand public n’y comprend rien.

On se rend compte pourtant que la présence  d’un responsable produit conscient de l’importance du design fait considérablement avancer la prise en compte intelligente des problématiques d’usage et de perception du produit…

Si les modèles de l’open innovation tordent le coup à l’idée que le designer est l’unique innovateur, ils n’en proposent pas moins des démarches intégrant le design et les problématiques qu’il remue dans le cadre d’une innovation complète. Tous les acteurs participent à la soupe pour sortir des produits innovants à la fois agréables et utiles pour l’utilisateur, techniquement aboutis, ayant un bon potentiel marché, associés à une communication cohérente et efficace, une distribution efficace… Des bons produits quoi…

Open innovation ou industrie du secret, le problème n’en est pas moins l’absence de modèles de fonctionnement du design que sa mauvaise gestion ou encore plus souvent sa non utilisation pure et simple…

Si plus de designers s’immisçaient dans les projets open source, cela donnerai l’occasion au design de mieux démontrer sa valeur…

Mais je sais, il y a aussi le fait que beaucoup de designers sont indépendants et que chaque minute perdue à travailler sur des projets non rétribués est une perte d’argent…

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